Les chaises

chairs dessin

C’est cet objet si familier qu’on ne se souvient plus de la première fois.
C’était certainement cette chaise haute, celle qui met à niveau, à porté de main de l’adulte. Cette première chaise, incarnation de la chasse à la réussite, c’est-à-dire être au dessus de ce que l’on peut voir en son état d’être de 70 cm. Est-ce aussi l’apprentissage de la domination de soi dans une appréhension de l’espace. Cette première chaise c’est la première vue d’avion. La première prise de perspective.

La position assise est une sagesse, celle du non mouvement éveillé. Enfant, c’est le lieu de l’écoute et du travail. Etre sage ne comporte alors plus qu’un terrible avilissement, celui de l’apprentissage inactif. Etre assis, plus tard, incarne aussi l’attente. Un pseudo repos du corps dont la pensée ne cesse d’attendre un bus qui tarde à arriver. Il arrive que l’on s’asseye en groupe. Dans ce cas deux options, l’assise silencieuse cote à cote, celle qui prétend. Et celle de la réunion où le face à face bruyant n’efface pas la solitude de la rencontre avec une chaise.

La chaise est séduisante, elle fait de l’œil. Femme fatal de la confrontation de l’individu à l’espace civilisé, au mouvement fixe du corps, et point de départ de l’envolée de la pensée. Que l’on pense debout, et les jambes vous entrainent vers l’oubli de la pensée précédente. Que l’on pense allongé et le rêve vous happe vers la subconscience ; assis vous êtes là, vous ne pouvez partir, vous ne pouvez dormir.

Stéphanie Ruiz, octobre 2008